/@ Rapport d'activité du Spéléo-club de Paris,1 POINT SUR L'AVANCEMENT DES TRAVAUX DU SPELEO-CLUB DE PARIS (Club Alpin Français) Résultats des recherches au sumidero de Cellagua et à la sima de Mazo Chico (système de Garma Ciega) (Soba, Cantabrie, Espagne) par Philippe MORVERAND L'annonce de nouvelles galeries découvertes au sumidero de Cellagua, dans l'un des gouffres peut-être les plus connus de la Cantabrie, aura surpris, étonné plus d'un observateur, parmi ceux qui s'intéressent au karst d'Asôn. Il est vrai que depuis plus de vingt ans aucune découverte n'y avait été réalisée. C'est que Cellagua, longtemps, aura été considéré par nombre de spéléos qui l'ont fréquenté, et ils ont été nombreux, plus comme une classique ou une course "à faire". Aucun d'entre eux n'aura pris le termps, ne serait-ce que quelques minutes, de jeter un oeil dans les affluents, sur les cotés de l'itinéraire normal, celui qui conduit au fond de Garma Ciega... Aujourd'hui, quand on regarde avec un peu de recul nos découvertes, force est de constater qu'elles transforment l'idée que l'on se faisait du réseau de Garma Ciega, à la fois dans son extension, et dans ses possiblités de jonction avec les autres systèmes de la région. Coup sur coup, des découvertes tant à Cellagua qu'à Mazo Chico sont venues relancer notre intérêt pour ce système. En un peu plus d'une année, plus de 9000 mètres de galeries y ont été découverts, 900 mètres de puits supplémentaires explorés, et globalement une dimension nouvelle, plus complexe est apparue dans les parties amont, celles de réseaux étagés, reliant à la fois de grandes galeries fossiles, très anciennes, à des cours actifs, plus récents. Dans ce rapport, nous ralatons les différentes campagnes que nous avons menées d'abord à Cellagua et ensuite à Mazo Chico. Juillet 1994 : Soleil torride à l'extérieur. Pour cette expédition d'une semaine, nous avons projeté avec quelques camarades du Spéléo-club de Paris (J.Y. Bigot, J. Leroy, S. Sybrowius et moi-même) la visite des grands canyons du val d'Asàn. Cellagua figure donc en bonne place dans ces visites qp'on pourrait qualifier d'expéditions scientifiques. Il s'agit plus concrètement d'observer les formes des canyons pour en déduire comment ils ont pu se former. Nous découvrons cellagua pour la première fois : gouffre sympathique, puits très propres sur 230 mètres, une galerie au fond parcourue par un petit cours d'eau. Le gouffre nous apparaît assez facile, mais nous notons tout de suite des risques objectifs liés à des crues sûrement subites, étant donné la configuration très spécifique de cellagua qui sert de perte à un cours d'eau qui se forme temporairement au fond de la doline de Llana La cueva. Les observations scientifiques seront courtes, car notre curiosité naturelle, habituelle, peut-être devenue légendaire, nous pousse Vers une galerie annexe à la rivière, et rapidement nous constatons qu'en plusieurs endroits les galeries que nous parcourons n'ont pas été prospectée complètement. Dans une galerie que les dijonnais avaient appelé galerie des Marmites (Il est possible de lire ce nom sur la topographie de la société spéléologique de Bourgogne, topographie qui fait suite à l'expédition de 1968 à cellagua) les traces de pas s'évaporent curieusement devant le premier rétrécissement. c'est dire que les premiers explorateurs n'ont pas insisté ; ce qui se comprend ; mais depuis personne n'était revenu... cette première impression de "pas fini" nous pousse à regarder plus en détail. Plus loin la galerie que nous nommerons désormais galerie des Bourguignons -celle-ci semble n'avoir jamais eu de nom -, nous découvrons de nouveaux passages, là aussi, cette galerie qui est de belle taille s'élargit à environ 500 mètres de la rivière et conduit à une première salle suivie d'une seconde, sylvain Zybrowius réalise dans la paroi de l'une des salles une escalade en libre. Parvenu sur un balcon dominant le conduit d'où nous Venons, il ne tarde pas à disparaître, et pour un bon moment ; il revient en s'écriant : "Venez Vite, c'est énorme..., j'ai découvert une galerie énorme..., parcouru peut-être 300 mètres dans un gros tube. A un endroit une grosse stalagmite, sorte de pénitent, se dressait curieusement au milieu de la galerie." Pendant ce temps, et parce que je ne sais pas trop quoi faire -en attendant sylvain, je monte en face un cône d'éboulis dont le sommet paraît sombre. ArriVé'en haut, une galerie s'amorce, puis continue, là aussi. Et, elle est de belle taille. Quelques minutes plus tard, en redescendant, nous découvrons le départ d'un méandre fossile. Nous parcourons peut-être 200 mètres en courant... Là encore, ça continue... Du Vierge, à gogo... Et du courant d'air, à peu prés partout, dans plusieurs sens. A l'évidence, nous sommes parvenus dans une zone complexe, carrefour de galeries, mais totalement inconnue jusqu'alors. Dans le méandre fossile, nous prenons le temps de regarder une boussole : direction sud. Voici qui est totalement nouveau, Voici qui peut nous emmener dans des endroits différents de ceux connus à Garma ciega. Ainsi notre premier contact avec cellagua fut-il riche d'enseignement. Le gouffre restait, à l'évidence, bien loin d'être correctement prospecté, ce gouffre roupillait, et depuis bien longtemps... l au 14 août 1994 : Pour notre expédition traditionnelle d'été nos plans sont complètement revus : cellagua sera l'objectif unique de l'expédition ; nous y ferons un bivouac, si nécessaire. Le 2 août, le gouffre est équipé. Le 3, le méandre sud est exploré par J. Leroy, Ph. Morverand et M. Séclier. Au retour, est découvert un shunt qui ramène dans la galerie du Pénitent, découverte par S. Zibrowius en juillet. Le 5 août, Ph. Morverand, M. Séclier et S. Zybrowius topographient la galerie du Pénitent et ses annexes. Coté est, nous arrivons sur le puits déjà repéré par S. Zibrowius. un très fort courant d'air arrive jusqu'au puits mais il est difficile de dire par où celui-ci s'enfuit. Au retour de cette pointe, une crue subite, liée à un orage de fin de journée nous surprend. Prudemment, nous renonçons à remonter les puits d'entrée et nous passons la nuit à attendre dans la galerie des Bourguignons. Le lieu sera désormais appelé le Bivouac Forcé. Sans duvet, nous passons une très mauvaise nuit. Le 8 août, nous redescendons à Cellagua pour un bivouac. Participants : Olivier Forgeot, José Leroy, Philippe Morverand, Marc Séclier et Sylvain Zybrowius. Olivier Forgeot, Philippe Morverand et Sylvain Zibrowius topographient la galerie des Bourguigons depuis le Bivouac Forcé jusqu'à la rivière de Cellagua. José Leroy et Marc Séclier poussent l'exploration du méandre sud. Le méandre est très sec, balayé par un vent puissant ; il descend par petits ressauts. Nos deux compagnons s'arrêtent après la pose de la quatrième corde. Le 9 août, l'équipe complète va au Méandre Sud. Marc Séclier et José Leroy partent devant pour l'équipement. Olivier Forgeot, Philippe Morverand et Sylvain Zybrowius topographient derrière. A environ un kilomètre de son départ, nous butons sur une zone d'effondrement. un moment décontenancés par cet obstacle imprévu, nous faisons demi-tour en imaginant qu'il nous sera impossible de passer sans escalade artificielle. Le lO août, nous repartons au puits Balourd dans l'espoir de le traverser par un coté ou un autre. A la fin de la journée, force est de constater que nous ne sommes toujours pas plus avancés. une question revient sans cesse sur toutes les lèvres : "Où s'enfuit cet énorme courant d'air qui arrive par la galerie des Pénitents ? " une escalade a été réalisée sur une paroi dans l'espoir d'atteindre une grosse arrivée de galerie ; mais la suite sera difficile : surplombante, extrêmement glissante et longue de plusieurs dizaines de mètres. Le puits, nommé Balourd, en l'honneur de son inventeur est descendu partiellement, sur environ 35 mètres. En fin d'expédition, nous faisons le bilan. Nous avons revélé deux interrogations majeures : celle de l'extrémité du méandre Sud et celle du Puits Balourd. Les pistes de Cellagua confirment leur intérêt mais il reste nécessaire de bien comprendre où nous avons mis les pieds. 24 décembre 1994 au 1 ianvier 1995 : Ainsi l'expédition de fin d'année s'annonçait-elle sous des auspices particulièrement favorables! Mais c'était sans compter avec les caprices du temps dans ce fameux pays cantabre. Il avait neigé peu de temps avant notre arrivée. Dans la doline de Cellagua, les eaux se concentraient et descendaient en force dans le sumidero ; de sorte qu'il était impossible de descendre. Dès le début de l'expédition, nos plans de bataille étaient détruits ; nous ne pouvions descendre ; à fortiori pour y passer du temps et y établir un bivouac. Encore même aurions- nous pu descendre (ce qui ne fut jamais le cas), peut-être ne serions-nous jamais remontés. cellagua s'était transformé en un piège, une véritable souricière. Le gros de l'équipe s'en était déjà retournée vers les larges galeries sèches, et bien connues de la cueva Fresca dans le val d'Asàn. seule, une petite équipe essayant de désobstruer un trou au bord du chemin qui conduit à cellagua, découvre un peu plus loin un trou qui, de prime abord, ressemblait plus à un terrier de renard qu'à un grand gouffre. Les jours suivants, plusieurs équipes du spéléo-club de Paris descendent dans la sima (voir Grattes & Gouffres n° 135) et constatent son intérêt. Au final le 29 décembre, Marc séclier atteint la cote - 300 environ au terme d'une belle succession de puits dans la branche sud-ouest. Il renonce plus loin dans un méandre qui lui parrait difficile et étroit. Le 30 décembre, Etienne Hoenraet et Philippe Morverand reprennent l'exploration, ils forcent l'obstacle. Ils poussent le méandre étroit sur environ 900 mètres. Ils s'arrêtent par manque de matériel au sommet d'un ressaut de lO mètres, à la cote - 380. Ainsi cette expédition vient-elle à la fois perturber nos plans initiaux et les renforcer. La découverte de ce nouveau gouffre pose d'emblée les questions suivantes : "Quels sont les liens entre la sima de Mazo chico nouvellement découverte et les galeries reconnues l'été à cellagua ?" En première analyse la rivière de Mazo chico se;nble plonger sous les galeries fossiles de cellagua ; il y aurait peut-être 80 à 100 mètres de différence en altitude. Mais peut-être est-ce plutôt un gouffre totalement indépendant du système de cellagua-Garma ciega. car en spéléologie nous savons que certains gouffres s'approchent de quelques mètres d'autres sans jamais s'interconnecter avec eux. Pour répondre à toutes ces questions et pousser les explorations, trois nouvelles expéditions seront programmées sur l'année1995. liai : pour pousser lfazo chico ; Août : pour terminer cellagua et enfin un raid début novembre pour finir Mazo chico, si nécessaire. l au 9 mai 1995 : Ex édition à lfazo chico Participants : Guillaume Barbier, Jean Yves Bigot, Etienne Hoenraet, Jess Girardhi, José Leroy, et Philippe lforverand. Le1er mai, faisant deux équipes, J.Y. Bigot, J. Ghirardi, E. Hoenraet, Ph. lforverand et E. Rostang topographient les parties déjà connues : du sommet du Dark cristal (P82) jusqu'au terminus de - 380. Le 3 mai, G. Barbier, E. Hoenraet, Ph. lforverand et E. Rostang explorent au delà du PIC (-380). Le conduit jusqu'alors étroit devient plus large, mais en même temps plus aquatique, suite à la confluence d'un affluent en rive gauche. Nous progressons d'environ 350 mètres dans une jolie rivière, quasiment rectiligne, et opposant çà et là quelques biefs peu profonds. La topographie est arrêtée à l'Arche (point coté - 420). Le 5 mai, J. Ghirardi et Ph. Morverand poussent la rivière sur environ 160 mètres vers l'aval, équipant plusieurs ressauts supplémentaires. Le 6 mai, dernier jour de l'expédition, Jean Yves Bigot et Etienne Hoenraet poussent sur environ 300 mètres supplémentaires la rivière, celle-ci garde une physionomie assez constante, toujours très aquatique, entrecoupée de nombreuses cascades qui à chaque fois demande un équipement. Ils s'arrètent sur un ressaut à une cote estimée à environ - soc (la topographie cotera ce point - 528). Ainsi l'expédition s'achève-t-elle sur un point d'interrogation majeur : "où va la rivière de Mazo chico ?" L'expédition, tout en confirmant l'intérêt du gouffre, nous enseigne sa difficulté : une série de cascades ininterrompues qui dévalent la montagne résolument vers le sud- sud-ouest, un gouffre que l'on ne peut descendre que muni d'une pontonniére à partir de la cote - 300, des pointes de minimum une douzaine d'heures pour dépasser - 530. 1 au 15 août 1995 : ex édition à cella ua Participants : J.Y. Bigot, A. Guyot, J. Ghirardi, Ph. Morverand, S. Zibrowius. L'été 1995 sera uniquement consacré à cellagua, et pour la deuxième année consécutive. Deux bivouacs, soit huit jours passés sous terre nous permettront de prospecter très finement les galeries de cellagua. En tout 2800 mètres de conduits nouveaux seront topographiés, la jonction réalisée en deux endroits différents entre les fossiles de cellagua et les actifs de Mazo chico. Le 3 août S. Zibrowius et J.Y Bigot eXplorent le Puits Balourd et jonctionnent celui-ci à la rivière de Mazo chico par un court bout de méandre. Le 4 août, Ph. Morverand et A. Guyot forcent l'extrémité du méandre Sud ; ils arrivent dans une salle, descendent un puits (40 mètres) et jonctionnent une deuxième fois avec Mazo chico, mais plus en aval. Le 3 août, S. Zibrowius force un passage à l'est du Puits Balourd. Avec J.Y. Bigot, ils débouchent dans un lacis de galeries fossiles, parfois de belle taille. La galerie du Sahara, ainsi dénommée à cause du sable qui recouvre le plancher, est de toute beauté : du sable au sol, une jolie section qui conserve les marques de l'eau, beaucoup de concrétions en certains endroits. La galerie conduit nos explorateurs au sommet d'un puits qui donne en regard sur une rivière. Tout de suite se pose la question suivante : serait-ce à nouveau Mazo chico ? ou une branche indépendante ? Les jours suivants sont consacrés à la topographie des galeries découvertes. Les découvertes se succèdent, jour après jour, et par petits bouts. J.Y. Bigot et S. Zibrowius explorent et topographient en détail les départs latéraux à la galerie du Sahara. Une galerie, en fait un véritable labyrinthe, est explorée sur plusieurs centaines de mètres et nommée galerie Aladin. A. Guyot et Ph. Morverand explorent et topographient plus complètement l'extrémité de la galerie de la Berlue. Le 11 août, J. Ghirardi et Ph. Morverand explorent le puits de 48 mètres situé à l'extrémité de la galerie du Sahara. Ils descendent une nouvelle rivière, par des successions de ressauts sur environ 400 mètres, s'arrêtent sur un ressaut à équiper. Le report topographique indiquera qu'il s'agit vraisemblablement de l'affluent en rive gauche de Mazo Chico. 28 octobre au 4 novembre 1995 : Dernière descente en date à Mazo Chico participants : Etienne Hoenraet, Philippe Morverand, Norbert Omasson, Olivier Stassart. L'autonne aura été sec, depuis des mois il ne pleut plus sur la Cantabria. Autant d'éléments favorables, essentiels, qui nous poussent à redescendre dans les Cantabriques pour une dernière descente à Mazo Chica. D'autant qu'il reste de la topographie à terminer, de l'exploration à continuer. Au cours de cette expédition nous redescendrons trois fois : deux pour topographier, et une pour pousser le fond. Au delà du terminus de mai, le gouffre accuentue son profil vertical. Il descend par ressauts successifs, plus rapprochés qu'auparavant, dans une ambiance toujours extrêmement aquatique. La pointe s'est arrêtée à une cote estimée à - 680. Au delà, le gouffre continue... L'exploration des galeries de Mazo Chico et de Cellagua n'est pas terminée. C'est pourquoi il est difficile de publier dans l'état actuel des choses les plans complets sur les nouvelles parties du système de Garma Ciega. Nous préférons attendre pour publier une synthèse complète, exacte. Les recoupements de galerie sont nombreux et nous obligent à la prudence. D'ors et déjà, nous pouvons affirmer que ces découvertes sont tout à fait novatrices. Elles relancent, elles transforment les perspectives d'exploration à Garma Ciega. Le grand gouffre du Mortillano présente désormais deux branches bien distinctes : la première, celle qui est connue depuis le début, fonçant vers le val d'Asàn à son extrémité, et la seconde, celle deMazo Chico, qui fonce plus à l'intérieur du massif, vers le sud, quasiment dans l'axe du pendage des couches calcaires. Ensuite un réseau complexe de galeries fossiles relie maintenant le canyon de Cellagua aux rivières de Mazo Chico. Ces galeries étagées, de formation vraissemblablement très ancienne, communiquent avec Mazo Chico par des puits. La branche de Mazo Chico, en foncant vers le sud, laisse espérer une jonction avec le système de Mortero-Canales. Dans cette hypothèse, les systèmes de Garma Ciega-Cellagua-Mazo Chico et Mortero-Canales ne constitueraient qu'un seul et même réseau, de près de soixante kilomètres..., peut-être le plus long de Cantabrie. Un réseau unique parcourerait la montagne de Mortillano depuis le Pico Tejes au nord, depuis la doline de Llana la Cueva à l'est, aux flancs du val d'Asàn à l'ouest, et au Mortero vers le sud. REMERCIEMENTS Nous remercions la Fédération Cantabrique de Spéléologie pour les permis qu'elle a bien voulu nous accorder. Nous remercions également Monsieur le Maire de la Gandàra pour son hospitalité bienveillante. Nous remercions enfin le Club Alpin Français pour les aides qu'il a accordées à ces expéditions. Légende des figures : Figure 1 - Coupe projetée du massif de Mortillano La projection a été réalisée suivant l'axe nord-sud géographique. Elle montre le positionnement de la branche de Mazo Chico par rapport à la branche de Garma Ciega et au Mortero.